Un PPRIF bien contraignant

Jean Weber est adjoint aux finances de la commune du Plan de la Tour et fondateur de l’association Apifo Var.

Les PPRIF dans le Var

Face aux risques d’incendies, l’État a mis en place des dispositifs drastiques pour protéger les populations. C’est le cas du PPRIF (plan de prévention des risques d’incendies de forêt) dont les règles s’imposent sur le Plan de la Tour. Mais pour Jean Weber, adjoint aux finances du Plan de la Tour et fondateur de l’Apifo Var*, comme pour de nombreux acteurs locaux, la priorité reste au débroussaillement.

Au gré du manque de pluie, du mistral asséchant et des rayons arides du soleil, dans l’ambiance sonore des hélicoptères de surveillance, le risque de feu a tenu le massif des Maures en alerte tous ces derniers mois. Au Plan de la Tour, au moindre nuage sombre, les regards scrutent les collines alentour. Les jardins s’emplissent de feuilles et d’épines séchées. Les chênes lièges n’en peuvent plus. Cet été le Cap Taillat et Bormes pour les plus proches ont connu les ravages des incendies. Le feu semble devenu une évidence. La règle de son retour tous les 10 ou 15 ans pèse comme un couvercle sur les esprits : la dernière fois, c’était en 2003, il y a presque 15 ans.

Un dispositif contraignant

Face à ces risques, tous les acteurs institutionnels de la sécurité sont mobilisés. Avec souvent de belles complémentarités et parfois de légers écarts quant à la compréhension des problématiques locales. Il en va ainsi du PPRIF institué par la Préfecture en 2003 et que beaucoup de propriétaires ont eu du mal à digérer. Là où le bon sens local semble voir une très forte nécessité de débroussaillement, l’État répond par un dispositif complexe et extrêmement pénalisant pour les particuliers, du moins si l’on en croit les détracteurs du dit dispositif.

Le prix de la sécurité ?

C’est ainsi qu’en 2003 Jean Weber, actuel adjoint aux finances du Plan de la Tour, fédérait derrière lui de nombreux habitants dans l’association Apifo Var pour tenter de faire abroger ce dispositif. Peine perdue. Les habitations des zones considérées à très haut risque ne seront, dans la pratique, pas reconstructibles si elles sont détruites par le feu. « Sans reconstruction, les assurances ne donnent que des dédommagements partiels », explique Jean Weber qui estime aussi à 30 % la décote du prix d’achat des maisons.

S’il est, selon l’adjoint aux finances, trop axé sur les nécessités d’élargissement des voiries afin de faciliter le passage des pompiers, le PPRIF a pour le moins la vertu de définir des règles drastiques afin de protéger les villages et leurs habitants. Les PPRIF ont été appliqués dans assez peu de communes du département. Chance ou malchance selon les points de vue, Le Plan de la Tour, parmi quelques autres, est donc territoire expérimental.

D’autant plus expérimental dans le cas plantourian que le PPRIF n’a pas été vraiment adopté. La Préfecture, ainsi qu’elle en a eu le droit, a imposé l’application de ses mesures par anticipation. Ces mesures ne pourront donc être désormais changées que par l’adoption… d’un nouveau PPRIF !

Débrouissaillement

Face à la difficulté de bien saisir toutes les subtilités de l’art administratif, il reste donc encore les solutions de bon sens consistant à se protéger efficacement. Par soi même d’abord, ainsi que la loi nous y oblige, en débroussaillant une zone de 50 mètres autour de sa propriété. « Le débroussaillement autour de l’habitat, s’il est bien fait, c’est 9 chances sur 10 d’éviter le feu », affirme Jean Weber qui estime à seulement 10 à 20 % le nombre d’habitations mal protégées sur sa commune.

Cette zone de 50 mètres est doublée lorsque c’est possible par les services de la communauté de commune du Golfe de Saint Tropez. De larges zones forestières sont aussi entretenues autour de la commune afin de mieux maîtriser le feu le cas échéant. Et l’on redécouvre au Plan de la Tour les innombrables vertus de l’élevage des ânes qui nettoient scrupuleusement chaque terrain où ils passent !

Des contrôles de la bande des 50 mètres sont effectués tous les ans autour des maisons situées dans les zones à risques. Mais au-delà des contraintes légales, il convient sans doute de se référer au bon sens traditionnel qui a toujours incité l’ensemble du village à oeuvrer collectivement pour sa propre protection. En débroussaillant, on se protège et on protège les autres. Jean Weber est d’ailleurs assez fier d’avoir lancé le prix du débroussaillement qui récompense les propriétaires les plus vertueux : « un prix unique au monde ! », assure-t-il.

*Apifo var : Association de prévention des incendies de forêts dans le Var